Jenny a 100 ans !
Le 22 avril 1910, jour du passage de la Comète de Halley, naissait à la Martinique Jenny Alpha.
L’association « Femmes Au-delà des Mers » tient à s’associer aux nombreux hommages rendus à cette femme d’au-delà des mers, à cette grande dame si belle aujourd’hui encore dont le parcours exemplaire est une magnifique leçon d’affirmation de soi, d’énergie et de joie de vivre mises au service d’un grand talent.
Flash-back :
Dès son enfance, au sein même de sa famille, Jenny Alpha a bénéficié d’une atmosphère propice aux envolées du rêve à travers la littérature et le théâtre.
Si, à l’âge de 19 ans, elle arrive à Paris avec l’intention déclarée de devenir institutrice, Jenny Alpha sait fort bien que la fibre artistique qu’elle perçoit en elle et dont elle pressent déjà les exigences, est celle du théâtre. C’est donc en pensant au théâtre qu’elle va s’orienter, se construire : « On ne voulait pas de nous au théâtre. Nous étions en pleine période coloniale et l’heure n’était pas à l’expression artistique mais plutôt à l’exhibition »relèvera-t-elle lucidement.
Et, puisqu’on ne veut pas d’elle au théâtre, Jenny fera du music-hall, domaine où les Noirs sont acceptés : « Dans les années trente, l’antillais, l’ancien esclave était décérébré par la colonisation. A l’école, nos ancêtres étaient les Gaulois. La fréquentation de Césaire, Damas et Senghor m’a ouvert un horizon formidable. J’ai pu écrire dans ma tête la révision de mes livres d’histoire. Ensuite, l’évolution des mœurs m’a prouvé que pour la femme antillaise que j’étais, beaucoup de choses étaient devenues possibles.»
Si, pendant la guerre, Jenny s’engage pleinement dans la résistance, ce qui restera pour elle comme son plus grand combat est celui qu’elle n’a cessé de mener pour la reconnaissance de la culture Créole et du monde Noir.
Un parcours émaillé de rencontres marquantes
Jenny Alpha a été proche de nombre de grands penseurs et artistes noirs regroupés à Paris entre les deux guerres mondiales et après la seconde, dans la paix retrouvée et la désagrégation des empires coloniaux. Parmi eux, on retiendra, Aimé Césaire et Suzanne Césaire, laquelle deviendra une amie, Salvador Dali, Francis Picabia, Duke Ellington, Count Basie, Joséphine Baker. Léon Gontran-Damas. De ce dernier, elle dira : « cet artisan de la négritude, que j’ai rencontré enfant à la maison familiale, m’a appris la liberté ». On mentionnera encore, Léopold Senghor, Joseph Zobel, Nancy Huston, Marie N’Diaye, Daniel Mesguich, Jean-René Lemoine … Et bien d’autres encore, dont certains, ici présents
Jenny Alpha, fidèle à ses souvenirs, ne manquait jamais d’exprimer également sa reconnaissance envers trois hommes qui l’avaient aidé à épanouir les divers aspects de son talent. Laissons-lui la parole :« Je dois beaucoup aussi à trois hommes, a-t-elle témoigné : Mon premier amour, le fils du propriétaire de « La boîte à musique » boulevard Raspail, m’a fait découvrir les premiers Jazz New Orléans de King Oliver. J’ai été émue de découvrir en cette musique une parente de notre biguine. Le second, Jacques Dessart, attaché au musée du Louvre, m’a ouvert au monde des arts plastiques. Malheureusement il disparut trop jeune… Á l’âge de 33 ans. Plus tard, mon deuxième mari, le poète Noël Villard, m’a transmis son amour de la littérature. »
Jenny et la musique :
Jenny chante les standards de Jazz, fréquente les lieux en vogue, parcourt le monde accompagnée de son orchestre… Et elle chante en créole ! C’est d’ailleurs à Paris qu’elle apprendra le créole car, au temps de l’enfance de Jenny, dans les grandes familles des Iles, une bonne éducation se donnait exclusivement en français, parler créole relevant alors de la faute de goût !
Jenny et le théâtre :
« Quelle que soit la couleur de peau, être comédien est difficile. Il faut conserver le respect du metteur en scène et de l’auteur mais aussi le respect des partenaires. Le talent et la chance feront l’avenir et la différence »enseigne-t-elle. « Le théâtre m’a appris qu’on pouvait avoir un lieu à soi. Derrière le rideau, je meurs. Quand le rideau se lève, je revis » nous révèle encore cette amoureuse du théâtre et plus particulièrement de la tragédie. Ce qui l’amène à préciser à propos de son plus grand succès :.« Ma plus grande satisfaction : »La folie ordinaire d’une fille de Cham » de Julius Amédée Laou, mis en scène par Daniel Mesguich lequel a représenté une rencontre déterminante dans ma carrière. J’ai joué cette pièce en 1984 au théâtre de la Bastille, juste après le décès de Noël, mon mari. »
Aujourd’hui l’association Femmes au-delà des mers est très heureuse de s’associer aux nombreux hommages qui sont rendus ‘à cette femme d’au-delà des mers, à cette grande dame si belle aujourd’hui encore !
Avril 2010
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